D’abord, il y a des histoires.
Des vraies, des presque vraies, des pas tout à fait fausses, des qu’on croit se rappeler, des qu’on a oublié de vivre… Celles qui se disent et les autres.
Aller les chercher c’est encore une autre histoire, celle d’un déplacement.
S’éloigner des évidences, des exotismes et du sensationnel. Aller traîner ses guêtres et ses micros dans des sentiers qui semblent si battus que plus personne ne va voir s’il y est.
Dans les recoins de la vie, là où se cachent les récits qu’on juge trop ordinaires pour les partager. « Mais je n’ai rien à dire, je vais vous raconter des bricoles… » Ce sont justement ces petits riens que l’on va chercher, cette parole loin des artifices du boniment toiletté et tenu en laisse : les doutes, les hésitations, les incertitudes, les contradictions. Tout ce qui permet d’explorer un peu plus le profond de nous tous.

Porter aussi son attention aux à-côtés de la parole : silences, respirations, tics de langage… Parce qu’ils en disent aussi long, et parfois plus, que le discours déployé en ordre de marche.
Entendre la vie dans les sonorités du quotidien. Chuchotis de savates sur linoléum, gargouillis du café passant dans l’italienne, cliquetis onctueux d’un vélo en roue libre, caresses de truelle sur le ciment frais. Et puis la pluie…

Ensuite vient l’art délicat du montage. Il s’agit de faire chanter ensemble ces grands et petits riens, dans une fabrication sonore qui, en faisant dialoguer ces différentes strates, crée une rythmique à partir des murmures du monde, des êtres, des corps… Trouver une des mille manières de les raconter sans trahir leur intégrité, révéler la part sensible cachée dans l’arrière-boutique du langage.
Ainsi, ce fragile artisanat tentera de saisir des choses au milieu des choses, d’attraper des papillons invisibles et de les montrer sans les épingler sur un mur.

Dans ce monde de la verticalité de point de vue, d’observatoires d’altitude qui regardent la vie toujours sous le même angle, prendre le temps de prêter l’oreille à ces réalités à ras du sol et les ébruiter à travers des créations sonores provoque cet infime déplacement du regard. Un léger écart susceptible de faire bouger nos propres représentations, ces certitudes si ancrées qu’on ne les questionne plus, nous croyant éclairés quand nous ne sommes souvent qu’éblouis. Alors les petits riens nous bousculent. Un autre déplacement.